21 décembre 2010

Judith, avocate

judith« Les défendre tous. C’est le titre d’un bouquin d’Albert Naud que j’ai lu récemment. Et c’est la façon dont je conçois mon métier ».

Judith est avocate dans un cabinet spécialisé en droit pénal depuis un an et demi. Elle défend des personnes mises en examen pour des délits ou des crimes qui vont de la conduite en état d’ivresse à l’assassinat et s’assure que leurs droits soient garantis et respectés à toutes les étapes de la procédure.

Directement après le bac, elle s’inscrit en fac de droit. « Je n’avais pas du tout en tête à cette époque l’idée d’être avocate, j’ai fait du droit parce que c’est une formation généraliste qui mène à tout. Même quand j’ai passé le barreau, je n’étais toujours pas sûre de vouloir exercer ce métier ». C’est au cours des stages obligatoires de l’école des avocats qu’elle se passionne pour le droit pénal. Issue d’une famille engagée politiquement, elle conçoit la défense comme un acte militant. « Je suis là pour que les gens qui ont commis une faute, quelle qu’elle soit, ne soient pas réduits à la faute qu’ils ont commise, qu’il aient une chance de s’expliquer comme n’importe quel justiciable, je porte leur voix devant l’institution judiciaire ».

Son cabinet a été fondé par une pénaliste confirmée dont elle est l’unique collaboratrice et qu’elle admire beaucoup, notamment car celle-ci se donne comme priorité de défendre les personnes placées en détention provisoire. « Même si cela se justifie dans certains – peu – de cas, on trouve insupportable l’idée de commencer à purger sa peine avant même d’avoir été jugé, alors même qu’on est censé être présumé innocent ! ». La case prison, Judith tente absolument de l’éviter à ses clients. « J’ai vite compris que la prison n’est pas la solution aux maux de la société. Au contraire, à mon avis ça les empire ! Le film Le Prophète montre bien comment on peut y entrer naïf et en sortir plus grand criminel de France. Forcément, on y rencontre des gens qu’on n’aurait pas rencontrés ailleurs… Être dans cet espace étouffant, oppressant, surpeuplé, ce n’est sûrement pas comme ça qu’on comprend le sens de sa peine. »

Ses journées durent en moyenne 11 à 12h, entre parloirs de prison où elle rencontre ses clients et tribunaux où elle plaide leur cause, dans toute l’Ile de France et parfois même en province. « On est le dernier recours de nos clients avant la prison, ils attendent beaucoup de nous, alors il n’y a pas de relâche, il faut être toujours prêt, avoir la bonne formule pour toucher les magistrats, c’est épuisant ! ». Les débuts sont les plus difficiles, quand elle se retrouve pour la première fois seule avec son client en salle d’audience, face aux juges, sans personne pour relire sa plaidoirie ou pour répondre à ses questions. « On n’apprend pas ça à l’école, il faut se débrouiller tout seul ! Ça fait un gros poids sur les épaules… ».

D’autant plus que l’avocat de la défense n’est souvent pas très populaire. « On défend des trafiquants de drogue, des violeurs, dans une salle d’audience, on sent tout le monde contre soi, le doigt pointé ». Judith, elle, n’a pas de difficulté morale à les défendre : « Avant d’être des délinquants, ce sont des hommes. Ils sont comme nous, on fait tous partie de la même espèce, c’est important de comprendre ce qui a fait qu’ils en sont arrivés là. Ce n’est pas une question de droit, c’est une question de bon sens ».

Face aux drames auxquels elle est confrontée quotidiennement, Judith estime qu’il est essentiel de savoir établir une barrière entre vie professionnelle et vie privée. « Leurs histoires me touchent, mais j’arrive à me dire que c’est leur vie et non la mienne. Je garde de la distance, l’empathie me motive mais ne m’envahit pas ».

Mais elle ne se voit pas exercer ce métier toute sa vie. « On travaille dans des conditions difficiles, il faut beaucoup d’énergie. Ça va tant que je suis jeune, mais ça ne durera qu’un temps. » Et après ? « Point d’interrogation ! »

 

Posté par lucie2warens à 14:24 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Judith, avocate

    Oui mais bon quand même...

    ... éviter la prison à des violeurs ou à des assassins...

    Posté par Samuel G., 21 décembre 2010 à 18:52 | | Répondre
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