Portraits de jeunes professionnels

16 juillet 2012

Alice, animatrice de réseaux de solidarité

Alice, 26 ans, est en poste depuis tout juste 2 mois.  « Je cherchais un travail qui ait du sens, une utilité sociale, et une bonne ambiance, où je sois heureuse d’aller tous les matins… Après quelques déceptions, j’ai fini par le trouver ! »

L’associatif dans le sang

alice logo

Alice baigne dans l’associatif depuis toute jeune. « Je suis issue d’une famille catholique à tendance sociale…», explique-t-elle. Petite, elle entre chez les scouts, et continue jusqu’à ses études supérieures. Elle est membre de l’association Zellidja, qui octroie des bourses de voyage à des lycéens – elle en préside le jury pendant 2 ans. A Sciences-po, où elle étudie les relations internationales et en particulier la question des réfugiés, elle s’engage dans une association étudiante qui collecte des fonds pour le Togo. Après son master, elle choisit le Service civique, avec la volonté de participer à une cause d’intérêt général : pendant 6 mois, elle travaille dans l’équipe de Martin Hirsch à l’Agence du Service civique, à développer le volontariat en Haïti.

Génération précaire

Malgré un parcours scolaire sans faute et de riches expériences associatives parallèles, Alice ne trouve pas de travail. « Le master de recherche ne prépare pas suffisamment à l’insertion dans le monde professionnel… J’ai cherché pendant 6 mois dans différents secteurs, les ONG, la coopération internationale, le conseil, entre autres. A mes 25 ans, j’ai pu toucher le RSA qui était alors ma seule ressource. Et j’ai découvert les joies de Pôle Emploi ! Ca a été une période compliquée… J’ai fini par me réinscrire à la fac pour pouvoir bénéficier d’une convention de stage ». A défaut d’un emploi, Alice trouve donc un stage dans une ONG à Paris. « Vous imaginez bien qu’obtenir un logement à  Paris avec mon indemnité de stage et mon complément RSA, ça n’a pas été possible ! Pendant 4 mois, j’ai squatté à droite à gauche, chez mes frères, chez des amis ou des amis d’amis…».

Les 3 derniers mois de son stage, elle est envoyée en Haïti. C’est de là qu’elle postule à l’emploi d’animatrice : il s’agit d’accompagner des bénévoles sur un territoire dans leur mission de solidarité auprès des plus démunis (accueil de jour, appui administratif, soutien matériel, alphabétisation, groupes de parole …). L’annonce correspond à ce qu’elle souhaitait : après avoir travaillé à l’international, elle voulait découvrir les formes de précarité et d’exclusion au niveau local, et les solutions possibles.

Son entrée dans la vie professionnelle

Elle commence dans sa nouvelle fonction le 2 mai dernier. Elle anime les réseaux de solidarité sur un territoire d’une dizaine de villes dans les Hauts-de-Seine. « Mes premiers mois ont été très riches… mais aussi très denses ! Beaucoup de rencontres, avec les membres de mon équipe, les bénévoles du territoire, des personnes qu’on accompagne, des partenaires associatifs et institutionnels… J’ai aussi pu échanger avec d’autres animateurs qui connaissent des réalités très différentes sur leurs territoires, notamment en zones rurales…».

En août, elle accompagnera un groupe d’une dizaine de personnes sans-abri à Lourdes. Les rencontres préparatoires ont commencé. « J’ai été impressionnée par la profondeur de leurs questionnements, sur la vie, son sens, exprimés avec des mots simples, bruts. C’est très stimulant, intellectuellement et spirituellement, de discuter avec eux. C’est une chance de pouvoir vivre des moments comme ceux-là dans le cadre de sa vie professionnelle ».

Avec le recul, Alice estime que ses quelques mois de galère l’aide aujourd’hui dans sa relation avec les personnes qu’elle accompagne. « Ce fut une période riche d’enseignements, sur la réalité sociale, sur le phénomène de perte de confiance et le sentiment de déclassement social, sur la détresse psychologique et la difficulté à demander de l’aide… Ca a certainement développé ma capacité d’empathie, et ça me garde bien de porter des jugements ! ».

 

 

 

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23 novembre 2011

Evangeline, animatrice auprès des familles Roms

« Dans mon travail, il y a une évidence. Je ne me suis jamais demandé pourquoi j’avais choisi cette voie ! »

Poterne-027Après des études d'art et « un peu de relations internationales », Evangeline devient bénévole auprès des personnes à la rue en 2007, puis volontaire civique. Elle se voit confier comme mission de travailler sur les actions à mettre en place auprès des familles Roms, alors très peu accompagnées par l’association. « C’était très motivant, tout était à construire ! ».

Aujourd’hui, elle gère un accueil de jour avec une équipe de bénévoles. Quatre matins par semaine, des personnes sans domicile viennent y prendre un petit déjeuner, une douche, participer à des ateliers (poterie, dessin, équipe de foot…), mais aussi trouver des oreilles attentives à leurs besoins et leurs difficultés. Evangeline s’y rend une à deux fois par semaine pour épauler les bénévoles, aider à monter des animations, réfléchir aux évolutions à apporter… « Les bénévoles sont très impliqués et depuis longtemps, ils sont autonomes pour la bonne marche quotidienne de l’accueil. C’est une super équipe ! »

Auprès des familles Roms

Parallèlement, elle a continué le travail avec les familles Roms avec une équipe de bénévoles qu'elle encadre. Elle recrute et forme les membres de cette équipe, et les aide à accompagner les familles. Elle est en charge du dialogue avec les pouvoirs publics, les partenaires associatifs et institutionnels. Elle se rend sur les terrains, bidonvilles et autres squats où les familles ont élu provisoirement domicile. « Ces personnes vivent dans des situations de précarité inimaginables ! Je vais leur rendre visite au moins une fois par mois. C’est important pour moi de connaître toutes les familles et de suivre leur situation, pour établir avec elles des relations de confiance. Ce sont des personnes qui ont souvent été déçues par ceux censés les aider. Du coup, la régularité et la fiabilité de nos visites comptent beaucoup ».

L’équipe Roms écoute les besoins des familles (médicaux, scolaires, matériels…) et les oriente vers les structures adaptées. « On ne dispense pas d’aide matérielle car on veut s’inscrire dans une relation de long terme et non sur des mesures exceptionnelles. Ce que nous voulons, c’est donner de l’autonomie aux familles, qu’elles s’en sortent même en cas d’expulsion, si on perd leur trace ».

Micha, Elena et les autres

De son travail avec les Roms, Evangeline a tiré un livre, qui est paru le 17 novembre. Micha, Elena et les autres – Vie et visages de Roms en France raconte des rencontres, des instants de vie, des parcours... « Aujourd’hui les Roms, majoritairement stigmatisés et mal connus, sont devenus synonymes de chiffres, d’expulsions, de lois et de circulaires. Mon livre ne se veut ni militant ni dénonciateur : il a pour objectif de raconter le quotidien de ces familles atypiques au-delà du rapport fugace que nous avons avec elles. Ce recueil incite à la rencontre de ces migrants afin d’humaniser ces êtres relégués aux marges de nos cités. Il entend destigmatiser l’étranger, sa vie et sa réalité afin de pousser le lecteur à changer son regard sur l’autre. »

Les petits enfants de Lénine

Evangeline n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle a déjà publié en 2008 un livre inspiré de son voyage d’un an avec son mari à travers les 15 républiques issues de l’implosion de l’URSS. Les petits enfants de Lénine, Pérégrinations de deux Européens dans les anciennes républiques soviétiques raconte les souvenirs et les rêves de cette génération qui a grandi en URSS et est devenue adulte sous l’indépendance . « Ce voyage a été fondateur. Pendant un an, c’est moi qui étais dans la position de l’étranger et qui rencontrais des difficultés quotidiennes, notamment pour le logement. Et des familles m’ont ouvert leur maison et leur vie ! Les enseignements de cette année me portent tous les jours dans ma mission. »

 

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21 décembre 2010

Judith, avocate

judith« Les défendre tous. C’est le titre d’un bouquin d’Albert Naud que j’ai lu récemment. Et c’est la façon dont je conçois mon métier ».

Judith est avocate dans un cabinet spécialisé en droit pénal depuis un an et demi. Elle défend des personnes mises en examen pour des délits ou des crimes qui vont de la conduite en état d’ivresse à l’assassinat et s’assure que leurs droits soient garantis et respectés à toutes les étapes de la procédure.

Directement après le bac, elle s’inscrit en fac de droit. « Je n’avais pas du tout en tête à cette époque l’idée d’être avocate, j’ai fait du droit parce que c’est une formation généraliste qui mène à tout. Même quand j’ai passé le barreau, je n’étais toujours pas sûre de vouloir exercer ce métier ». C’est au cours des stages obligatoires de l’école des avocats qu’elle se passionne pour le droit pénal. Issue d’une famille engagée politiquement, elle conçoit la défense comme un acte militant. « Je suis là pour que les gens qui ont commis une faute, quelle qu’elle soit, ne soient pas réduits à la faute qu’ils ont commise, qu’il aient une chance de s’expliquer comme n’importe quel justiciable, je porte leur voix devant l’institution judiciaire ».

Son cabinet a été fondé par une pénaliste confirmée dont elle est l’unique collaboratrice et qu’elle admire beaucoup, notamment car celle-ci se donne comme priorité de défendre les personnes placées en détention provisoire. « Même si cela se justifie dans certains – peu – de cas, on trouve insupportable l’idée de commencer à purger sa peine avant même d’avoir été jugé, alors même qu’on est censé être présumé innocent ! ». La case prison, Judith tente absolument de l’éviter à ses clients. « J’ai vite compris que la prison n’est pas la solution aux maux de la société. Au contraire, à mon avis ça les empire ! Le film Le Prophète montre bien comment on peut y entrer naïf et en sortir plus grand criminel de France. Forcément, on y rencontre des gens qu’on n’aurait pas rencontrés ailleurs… Être dans cet espace étouffant, oppressant, surpeuplé, ce n’est sûrement pas comme ça qu’on comprend le sens de sa peine. »

Ses journées durent en moyenne 11 à 12h, entre parloirs de prison où elle rencontre ses clients et tribunaux où elle plaide leur cause, dans toute l’Ile de France et parfois même en province. « On est le dernier recours de nos clients avant la prison, ils attendent beaucoup de nous, alors il n’y a pas de relâche, il faut être toujours prêt, avoir la bonne formule pour toucher les magistrats, c’est épuisant ! ». Les débuts sont les plus difficiles, quand elle se retrouve pour la première fois seule avec son client en salle d’audience, face aux juges, sans personne pour relire sa plaidoirie ou pour répondre à ses questions. « On n’apprend pas ça à l’école, il faut se débrouiller tout seul ! Ça fait un gros poids sur les épaules… ».

D’autant plus que l’avocat de la défense n’est souvent pas très populaire. « On défend des trafiquants de drogue, des violeurs, dans une salle d’audience, on sent tout le monde contre soi, le doigt pointé ». Judith, elle, n’a pas de difficulté morale à les défendre : « Avant d’être des délinquants, ce sont des hommes. Ils sont comme nous, on fait tous partie de la même espèce, c’est important de comprendre ce qui a fait qu’ils en sont arrivés là. Ce n’est pas une question de droit, c’est une question de bon sens ».

Face aux drames auxquels elle est confrontée quotidiennement, Judith estime qu’il est essentiel de savoir établir une barrière entre vie professionnelle et vie privée. « Leurs histoires me touchent, mais j’arrive à me dire que c’est leur vie et non la mienne. Je garde de la distance, l’empathie me motive mais ne m’envahit pas ».

Mais elle ne se voit pas exercer ce métier toute sa vie. « On travaille dans des conditions difficiles, il faut beaucoup d’énergie. Ça va tant que je suis jeune, mais ça ne durera qu’un temps. » Et après ? « Point d’interrogation ! »

 

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03 décembre 2010

Emilie, responsable de communication

Portrait_Emi« La danse est ma passion, mais je n’en ai pas fait ma profession car la vie d’artiste me faisait peur. Mais ça reste un élément essentiel de ma vie, qui me permet d’être bien dans ma tête, dans mon boulot ».

Très préoccupée par son avenir professionnel dès le lycée, Emilie dévore les guides d’orientation, et la communication fait déjà partie de sa sélection de métiers possibles. Parce qu’elle a d’évidentes qualités relationnelles et rédactionnelles, parce qu’elle aime expliquer, vulgariser, échanger. Mais aussi parce que ce sont des métiers stables, qui paient bien.

Ayant été très tôt et très durement confrontée à la fragilité de la vie, elle a besoin de trouver dans sa vie professionnelle de la sécurité et une aisance financière indispensables à son épanouissement. « Quand j’étais étudiante, les autres ne pensaient qu’à faire la fête. Moi je ne le vivais pas du tout pareil. J’étais très concentrée sur mes partiels. Ce que je voulais, c’était avoir un boulot et subvenir à mes besoins le plus vite possible, pour me sentir libre». Elle fait de brillantes études, en ligne droite, hypokhâgnes, khâgnes, puis le CELSA, école qu’elle a sélectionnée car « c’est la meilleure école de communication en France », moyen le plus sûr de « ne pas galérer pour trouver du travail ». Mais elle ne prend pas spécialement de plaisir à étudier. « Devoir faire sans arrêt ses preuves aux exams, être scolaire, suivre un programme… ça m’angoissait, j’avais hâte d’en finir !»

A l’issue de son stage de fin d’études, elle est directement embauchée en CDI dans un syndicat professionnel défendant les intérêts de l’industrie chimique. Elle travaille à faire progresser l’image du secteur, souvent perçu comme facteur de pollution et de risques, auprès du grand public. Elle communique sur les innovations et les progrès apportés par la chimie, dont on retrouve les produits partout, dans nos ordinateurs, nos produits cosmétiques, les énergies nouvelles… « C’est un boulot qui m’amuse, bon, ce n’est pas le rêve de ma vie, mais ça me donne des bases sûres ».

Le rêve de sa vie, c’est la danse. « J’ai commencé à 7 ans. Chaque année on faisait un spectacle. J’ai toujours adoré la scène ! J’y suis quelqu’un d’autre, je m’éclate, je vis des choses super fortes, c’est grisant ». Pourtant, malgré de belles occasions, elle n’a jamais cédé aux sirènes de la vie d’artiste. Quand son professeur de tango argentin, impressionné par son talent, lui propose de devenir sa partenaire et de partir en tournée dans toute l’Europe, elle refuse. « Je n’avais pas fini mes études, ce n’était pas sérieux ! Ça m’a fait trop peur ».

Depuis qu’elle a trouvé un métier stable qui « gagne bien », elle peut s’adonner à la danse sans culpabiliser. « Depuis 3 ans, j’ai repris le modern jazz, fait des stages, rencontré plein de gens. Et de fil en aiguille, on m’a proposé d’intégrer une compagnie de danse ! ». Cette fois, elle n’hésite pas. « J’avais peur de ne pas réussir à tout concilier, mais même si ça fait un peu tarte de dire ça, quand on veut on peut ! Je suis sérieuse dans mon boulot, et à fond dans la danse ». Elle vient de donner son premier spectacle à Lyon, et a déjà 3 nouvelles dates de prévues…

 

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29 novembre 2010

Mathias, régisseur

Mathias

« La régie, c’est une excellente école de la diplomatie ! »

La passion de Mathias, c’est le cinéma. Depuis tout petit, quand il a reçu son premier choc cinématographique devant Star Wars. Il admire Michael Mann et Jean-Pierre Melville, Patrice Leconte ou encore Bertrand Tavernier, pour la diversité de leur œuvre et leur intelligence. Ces dernières années, entre autres, ce sont des réalisateurs sud-coréens qui l’ont épaté: Old Boy, The Chaser, Mother… « Je suis jalousement fan de leur talent ! »

En sortant de sa maîtrise d’Information Communication, c’est naturellement vers les sociétés de production cinématographique qu’il se tourne. « Je devais faire un stage de fin d’étude de 3 mois, j’ai postulé auprès d’au moins 70 boîtes de prod à Paris ! J’ai eu quelques propositions, j’ai choisi celle qui m’incluait sur un tournage de film entre Paris et le Maroc, ça a été ma découverte du monde professionnel du cinéma ». Ca lui plaît, il souhaite continuer dans cette voie. Coup de chance, quelques mois après la fin de son stage, alors qu'il commence à s'ennuyer comme journaliste de presse régionale, une personne qu’il avait rencontrée sur le tournage le contacte car elle monte sa propre société de production à Paris et recherche un assistant… « J’ai sauté sur l’occasion ! Une semaine après, j’avais commencé à y travailler ». Fiches de lecture sur les scénarios reçus, montage financier des dossiers, Mathias se familiarise avec l’économie du cinéma.

Après quelques temps, il est détaché à la régie des productions montées par la société, comme stagiaire régie, puis régisseur adjoint, et enfin régisseur général. L'équipe régie s'occupe de fournir en temps et en heure un plateau de tournage prêt à tourner. C'est avant tout la préparation du tournage : repérages, choix de décors, obtention des autorisations de tournage. Puis c'est l’organisation et  le suivi logistique au quotidien du tournage : acheminer l’équipe, les loger, les nourrir, prendre en charge le matériel, composer avec les nouvelles de dernière minute… et les caprices de stars ! « C’est une vraie réalité ! On croit que c’est une légende, mais non ! Par exemple, lors d’un tournage, un régisseur a été renvoyé car la température ambiante de l’hôtel n’était pas à 21° pile ! »

Mais au bout d’un moment, la lassitude se fait sentir. L’enchaînement ininterrompu des tournages, nécessaire pour être reconnu, le fatigue. « Une fois, en rentrant d’un tournage de trois mois, devant ma porte, avec mes bagages, je me suis rendu compte que j’avais oublié mon code. En un an, et en cumulé, je n’avais passé que 3 mois chez moi ! ».

Il se tourne alors vers la production photo, moins prenante. « Maintenant je pars 3 semaines et pas 3 mois, ça change ! ». Il travaille essentiellement à l’étranger, pour des catalogues de mode. Tokyo, Los Angeles, Lisbonne, Mexico… « Ce que j’adore dans ce métier, c’est le voyage. Me retrouver tout seul dans une ville inconnue et me débrouiller, repérer les lieux et les décors dont on va se servir… ». Après cette phase de repérage arrive l’équipe. 8 à 10 personnes, représentants de la marque, coiffeur-maquilleur, mannequins, photographe, styliste… « Certaines équipes sont très sympas, mais c’est dur d’être avec les mêmes personnes du petit déjeuner au dîner, en passant par la journée de travail, 7 jours sur 7, pendant 2 à 3 semaines… Moi je dois les encadrer, je suis leur référent. Comme ils ne connaissent pas l’endroit, c’est à moi qu’ils viennent poser toutes les questions, professionnelles ou personnelles…» Où trouver un magasin de souvenirs, comment se rendre à tel endroit, on lui a même déjà demandé où trouver de la drogue ! « Parfois c’est la cour de récré ! Comme ils sont loin de chez eux, de leurs familles, ils se lâchent ! »

Courant 2011, Mathias est décidé à tourner la page de la régie dont il commence à avoir fait le tour. « On est en train de monter un pôle pour produire de nouvelles créations dans la boîte de prod pour laquelle je travaille. Je m’occuperai de le développer, en cherchant des auteurs, et j’en ferai partie ! » Mathias écrit depuis des années, des nouvelles et des courts métrages… En tout une demi-douzaine de projets, plus ou moins avancés. « On va commencer par monter un des courts métrages que j’ai écrit, c’est très excitant ! Je viens de déposer ma première demande  de financement au CNC… ».

 

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11 novembre 2010

Renaud, chargé d’opérations dans l’habitat social

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« Dans tous les autres boulots que j’ai fait, je me disais “je reste 2 ans et je me barre”. Là c’est la première fois que je me dis que j’aurais du mal à partir ».

 

Depuis 2 ans et demi, Renaud travaille pour Emmaüs Habitat, la branche de l’association spécialisée dans le logement social. Il gère des projets de construction ou rénovation de logements sociaux de la conception à la réalisation, tant au niveau technique que financier, en coopération avec les architectes et les bureaux d’études, les mairies et les collectivités locales ainsi que les locataires et les riverains concernés. Il se voit un peu comme « un chef d’orchestre ». Concilier le secteur du bâtiment, vers lequel le dirigeait ses études, et la dimension sociale lui a enfin permis, après plusieurs années à aller de job insatisfaisant en job insatisfaisant, de s’épanouir professionnellement.

 

Et ce n’était pas forcément gagné dès le départ. « Je n’ai jamais été très doué à l’école. Après mon BAC, je voulais faire une formation courte qui me donne direct un boulot derrière ». Il choisit un BTS génie civil pour être chef de chantier. C’est d’ailleurs le poste qu’on lui propose à l’issue de son stage de fin d’étude. « J’ai dit non. J’avais 19 ans, j’étais très jeune, ça m’angoissait d’avoir une vie toute tracée. En plus ils me proposaient un bon salaire, de bonnes conditions, j’aurais eu du mal à en sortir… ».

 

Lui qui n’avait pourtant jamais aimé les études décide de les reprendre. Il fait un DEUG d’histoire, « la matière que j’avais eu le moins de mal à apprendre au lycée ». Et y prend sérieusement goût. « Moi qui n’avais jamais été un élève consciencieux, je faisais taire ceux qui parlaient dans l’amphi ! J’étais là pour apprendre ». Il se spécialise en 3e année en sociologie, puis fait une maîtrise de sociologie urbaine. « J’étais passionné par la constitution des villes et en particulier l’étude de Paris ». C’est naturellement vers des études d’urbanisme qu’il se dirige ensuite, ce qui lui permet de renouer avec l’aspect technique de sa première formation. « J’ai fait des stages en Thaïlande et en Syrie, j’ai rencontré plein de gens, c’était des années magnifiques ! » Et une belle revanche sur ses catastrophiques années collège et lycée.

 

Mais ses débuts dans la vie professionnelle se révèlent chaotiques. « J’ai enchaîné les CDD mal payés, dans un bureau d’études urbanistiques, puis à l’OPAC de Paris. Ce n’étaient pas des boulots enrichissants, on ne nous demandait aucun esprit d’initiative. J’avais l’impression qu’on était tous interchangeables ». Il refuse un énième CDD et se retrouve alors sans emploi pendant 6 mois. Cela lui donne l’occasion de réfléchir à ce qu’il a vraiment envie de faire.

 

« J’avais baigné dès tout petit dans le milieu social, avec un père éducateur et une mère psychologue. En parallèle de mes études, je faisais du bénévolat. J’avais besoin de retrouver cette dimension d’utilité sociale dans mon travail ». C’est alors qu’il postule chez Emmaüs Habitat. Et en est comblé au-delà de ses espérances ! « J’ai une grande autonomie pour mener mes projets, j’ai de la reconnaissance et en plus j’ai l’impression que j’apporte quelque chose. Ça me passionne. Je n’ai jamais été un foudre de guerre, mais là j’ai envie de déplacer des montagnes !».

 

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05 novembre 2010

Camille, éditrice juridique

 

Émouditrice juridique, ce n'était sa vocation à la base. Le rêve de Camille, c’était d’être magistrate. Pourtant, à travers ce « métier par défaut », elle a vraiment trouvé « un truc qui lui plaît ».

Tombée dans le droit « par hasard », car on lui avait conseillé le DEUG Droit/Anglais à Nanterre, qu’elle aimait bien l’anglais et qu’en plus elle habitait à côté de la fac de Nanterre, elle s’y découvre une véritable passion et envisage de devenir juge. Avec une idée très précise de ce qu’elle voulait faire : procureur à Bobigny. « Ayant grandi en banlieue parisienne, je voulais y être utile, participer à la définition de la politique pénale de la ville, et le Parquet de Bobigny était connu pour être particulièrement dynamique ».

Mais pour réaliser son rêve, Camille doit d’abord passer par la case concours, en l’occurrence le concours de la magistrature, réputé pour son extrême sélectivité. « 4000 candidats, 120 reçus. Je l’ai raté deux années de suite. J’aurais pu le passer une troisième fois mais je sentais que j’étais arrivée au bout de ce que je pouvais y consacrer ». Tourner la page a été difficile. « C’était mon premier gros échec. J’ai beaucoup pleuré, déprimé même. Pendant un moment je ne sortais même plus de mon lit ».

Puis une amie lui a trouvé un poste à Londres, dans un cabinet d’avocats, qui lui a permis de rebondir. « A Londres on voulait de moi ! J’y ai bossé 4 mois, ça m’a redonné l’envie ». A son retour en France, elle a une nouvelle idée en tête. « J’ai toujours été attirée par le monde du livre. Concilier le droit et l’édition, ça me bottait. J’ai donc envoyé des candidatures à tous les éditeurs juridiques de Paris ». Et là, coup de chance, Lexis Nexis l’embauche en CDD. « Je n’avais pas vraiment le profil, mais ils ont accepté de miser sur moi ». Puis, ce sont les fameuses éditions Dalloz qui lui offrent son premier CDI. « Aujourd’hui je m’occupe d’une encyclopédie de droit civil de 9000  pages. Je recrute les auteurs, je corrige leurs articles, je discute avec eux. Et je mets à jour les rubriques déjà publiées. J’adore ça ! C’est hyper satisfaisant de sortir un produit et de voir le résultat concret de son travail ».

Repasser un jour le concours de la magistrature ? « Pas forcément. C’est une page tournée, j’aurais l’impression de revenir en arrière. Et puis j’ai une vision moins idéalisée du boulot de juge maintenant. C’est un travail éreintant, qui demande beaucoup de sacrifices. Et le manque de moyens doit être extrêmement frustrant ». Son avenir, elle le voit dans l’édition, et pas forcément juridique. « J’ai la chance d’avoir trouvé une entreprise qui ne nous enferme pas dans le poste pour lequel on a été embauché. Ca m’a déjà permis d’évoluer et d’apprendre plein de choses. Grâce à Dalloz, j’ai notamment commencé à m’intéresser à l’édition web. Il y a plein de choses à faire dans ce secteur… ».

 


 

 

 

 

 

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21 octobre 2010

Barbara, photographe

 

32192_398980004905_624059905_3997964_3448635_n« Quand on se lance dans des études d’art, on se doute que notre vie professionnelle ne va pas être un long fleuve tranquille ! »

A tout juste 30 ans, Barbara a déjà publié deux livres de photos. Une réussite précoce que lui envient ses camarades de promo de l’école de photo d’Arles, mais qui ne l’empêchent pas de garder les pieds sur terre. « Etre publiée jeune, ça ne veut pas dire qu’on va durer… Ca met même beaucoup de pression car la question que j’entends le plus c’est ˝ que vas-tu faire après ? ˝, et ça, c’est la question que je me pose aussi ! ».

La recette de son succès ? Beaucoup de travail, et un peu de chance. « C’est la conjonction des énergies qui rend les choses possibles… L’aboutissement de mes deux livres, je le dois à de belles rencontres, à des gens qui ont cru en moi ».

Comme quand, à peine diplômée, en 2007, Barbara reçoit un appel du responsable de la section photo du pôle Image Haute-Normandie, Didier Mouchel, qui a suivi le travail qu’elle a mené au sein de la dernière usine de filature en France à Barentin, près de Rouen. Il lui propose, pour les journées du patrimoine à Rouen, d’exposer ces photos et d’en publier un livre… Rien que ça ! « Tout s’est goupillé parfaitement, avec l’aide de Nathalie Leboucher, responsable de l’usine, et de mon éditeur, les Editions Points de vue. C’était magique ! ».

Cette belle aventure achevée, le retour à la réalité est difficile. « Voir aboutir un gros projet comme celui-ci, c’est à la fois merveilleux et douloureux, un peu comme un accouchement ! Après une période aussi intense, on ressent une sorte de babyblues… On met du temps à s’en remettre ! ».

Sans parler du fait qu’il faut vite trouver de nouvelles sources de revenu. Parallèlement à ses commandes de photos, Barbara donne des cours de photo, qui lui assurent son fonds de roulement. « Mes cours me permettent de gagner 1000€ par mois, c’est un peu juste, mais au moins c’est un revenu stable ». Son travail, elle le fait par passion, même si la précarité lui pèse souvent. « Je m’épanouis personnellement à travers la photo, mais il ne faut même pas que j’espère devenir propriétaire un jour ! ». Car les commandes arrivent au petit bonheur la chance, principalement par le biais du bouche à oreille.

L’année dernière, c’est ainsi qu’elle est contactée par l’association de lutte contre le sida AIDES. Pour célébrer ses 25 ans, l’association lui commande un livre rassemblant les photos de toutes les personnalités qui ont marqué la lutte contre le sida. C’est ainsi que pendant un an, Barbara parcourt l’Europe et l’Afrique et photographie, entre autres, Simone Veil et Jacques Chirac.Ce qui lui apprend au passage à respecter un cahier des charges et les exigences d’un client et à devoir en permanence argumenter pour le convaincre. « Vendre ses idées fait partie du boulot ! J’apprends à le faire même si j’avoue que la patience et l’esprit de conciliation ne font pas partie de mes qualités premières…»

Entre ses commandes et ses cours, Barbara milite. Pour soutenir la création documentaire, à travers l'association dont elle est membre depuis 5 ans, Les Yeux Dans Le Monde. Et pour favoriser la mixité sociale – elle s’y est engagée en emménageant, dès 2007, à Montreuil, dans une résidence pour artistes ouverte sur la cité au cœur de laquelle elle s’est implantée. 

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19 octobre 2010

Portraits de jeunes professionnels?

A l’heure où l’on parle beaucoup de souffrance au travail, je me suis intéressée au parcours de jeunes professionnels qui sont récemment passés du cocon étudiant à la vraie vie d’adulte, la vie active. Comment ont-ils fait leurs choix professionnels ? Ont-ils d’ailleurs vraiment fait des choix ? En sont-ils heureux ? Portraits.

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